Les agents IA usurpés en hausse de 45%, près de deux sites sur trois sans blocage

Le rapport 2026 de DataDome chiffre la hausse des usurpations d’agents IA, tandis que Cloudflare bloque par défaut certains crawlers d’entraînement.

Camille Deschamps Par Camille Deschamps
4 min de lecture
Les agents IA usurpés en hausse de 45%, près de deux sites sur trois sans blocage
Photo d’illustration. Une personne utilise un ordinateur portable posé sur une table, dans un intérieur.

En bref

  • Le trafic des bots malveillants croît 9 fois plus vite que le trafic humain, selon DataDome.
  • Près de deux sites testés sur trois ne bloquent aucun type de bot.
  • Les agents IA se font de plus en plus passer pour d’autres, et les pages de connexion sont visées.
  • Trois leviers : politique d’accès publiée, vérification des agents, contrôles gradués.

Pour la plupart des sites, la réponse tend vers le non : 65 % des sites passés au crible par DataDome ne stoppent aucune catégorie de bot. Dans son rapport 2026, repris par Blog du Modérateur, cet éditeur hexagonal spécialisé dans la maîtrise des bots dépeint un web où les programmes automatisés prolifèrent plus rapidement que les internautes réels, et où nombre d’entre eux dissimulent leur identité.

+124 %de trafic de bots malveillants en douze mois, soit 9 fois la croissance du trafic humain
65 %des sites testés sans blocage d’aucun bot
71 %du trafic malveillant relevant du scraping

Une étude à grande échelle, des protections largement absentes

Les conclusions s’appuient sur un corpus de plus de 1 000 milliards de requêtes, collectées auprès de plus de 75 000 clients, auquel s’ajoutent des essais menés sur plus de 20 000 sites très fréquentés. Le scraping, soit la collecte automatique de données à grande échelle, pèse le plus lourd dans le trafic malveillant. DataDome suppose un rapport avec la montée en puissance de la filière d’approvisionnement en données destinées à l’IA, mais cette interprétation reste celle de la société, sans être démontrée.

Crawlers déclarés, usurpateurs et trafic IA

Les crawlers qui s’annoncent ne sont qu’une partie du tableau. Jérôme Segura, VP of Threat Research de DataDome, affirme : « D’après nos travaux, 80 % des agents IA ne s’identifient pas correctement lorsqu’ils visitent un site. »

Indicateur Valeur relevée
Volume de sollicitations émises par des agents IA et des crawlers LLM sur douze mois 52,7 milliards au total, dont 46,3 % imputées à Meta et 34,6 % à OpenAI
Scraping malveillant +185,2 %
Usurpation d’agents IA, de février à juillet 2026 +45 %
Identité la plus usurpée Meta-ExternalAgent, 16,4 millions de requêtes frauduleuses en février
Usurpation d’agents pilotés par un utilisateur (ChatGPT-User, Perplexity-User) passant de près de 1,4 % à 5,6 % de février à juillet 2026
Trafic total lié à l’IA +82 %, activités utiles et nuisibles mêlées

Le trafic lié à l’IA ne se réduit pas à une gêne : de janvier à juin 2026, DataDome a comptabilisé 89,4 millions de visites envoyées par des assistants IA vers les sites de ses clients, dont 83,4 % provenaient de ChatGPT. Jérôme Segura juge ces internautes très qualifiés, puisqu’ils viennent avec un projet d’achat.

Ce que visent les bots dans le commerce en ligne

Les pages de connexion sont désormais la cible de prédilection : les bots reposant sur l’IA les visent 8 fois plus. Le nombre de requêtes mensuelles est monté de 11,9 millions en janvier 2026 à 99,7 millions en juin, et ces pages absorbent 51,7 % du trafic IA orienté vers des pages sensibles, contre 23 % un an plus tôt. Selon Jérôme Segura, on y trouve à la fois du bourrage d’identifiants, des ouvertures de faux comptes et des agents légitimes agissant, une fois connectés, pour le compte d’un utilisateur.

Le credential stuffing, une technique qui revient à essayer en masse des paires identifiant et mot de passe, garde un caractère cyclique d’après l’étude. Le chercheur évoque 43,4 millions de comptes compromis en France de janvier à juin 2026, un stock énorme pour les attaquants, bien que le rapport n’établisse aucune corrélation entre pays.

Une autre menace, plus immédiate pour les e-commerçants : le scalping a bondi de 291 %. Il cible les articles en série limitée, rachetés dans le but de les revendre bien plus cher.

Trier les agents : les réponses possibles

  • Blocage par défaut : Cloudflare écarte à présent certains crawlers servant à entraîner des IA et défend l’idée d’un paiement à la page par les agents. Jérôme Segura approuve cette orientation : « Chaque éditeur doit pouvoir décider qui accède à son contenu, et dans quelles conditions. »
  • Politique d’accès publiée : DataDome recommande d’indiquer quels agents sont autorisés, sur quelles pages et à quelles conditions.
  • Contrôles gradués : un agent de recherche a la liberté de parcourir le catalogue, tandis qu’un agent cherchant à entrer dans un compte ou à régler un achat doit prouver son identité et être lié à une vraie personne.

Le choix n’est pas tout ou rien. Fermer la porte à l’ensemble du trafic IA peut faire perdre du revenu, mais ouvrir sans condition augmente le risque de fraude. Pour le chercheur, « la détection reste le préalable : on ne peut pas monétiser ce que l’on ne voit pas ». Il ajoute qu’un scraper qui se fait passer pour un navigateur classique, ou pour un crawler autorisé, ne paiera jamais. Ces recommandations concernent surtout les sites qui hébergent un contenu de grande valeur, des comptes clients ou des produits très convoités.

Photo : cottonbro studio / Pexels