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Des livres papier rachetés en masse puis détruits pour nourrir les modèles d’IA

Selon le JDN, certaines entreprises d’IA achèteraient des livres papier, en trancheraient la reliure, les scanneraient puis s’en déferaient.

Camille Deschamps Par Camille Deschamps
5 min de lecture
Des livres papier rachetés en masse puis détruits pour nourrir les modèles d’IA
Des livres en grand nombre illustrent le sujet des livres découpés, scannés puis détruits pour entraîner des IA.

En bref

  • Cette page restitue ce que rapporte le JDN, fait par fait, avec ses attributions, et signale ce que l’article laisse dans l’ombre.
  • C’est là, selon lui, que réside le gain financier de la méthode.
  • Faute de chiffres et d’acteurs identifiés au-delà de l’exemple d’Anthropic, ce récit se lit pour ce qu’il est : une enquête descriptive, publiée le 10 octobre 2026, dont les affirmations restent attribuées à leur auteur.

Le 10 octobre 2026, le JDN a consacré un article détaillé à une pratique qu’il prête à certains acteurs de l’intelligence artificielle : acquérir des livres papier, trancher leur dos, passer les feuilles au scanner, puis se défaire de l’objet. L’idée serait de récupérer le texte pour entraîner des modèles. Cette page restitue ce que rapporte le JDN, fait par fait, avec ses attributions, et signale ce que l’article laisse dans l’ombre.

Un livre vu comme un gisement de texte

Le JDN ouvre sur une comparaison avec « Fahrenheit 451 », avant de marquer l’écart : la censure n’est pas en cause. Selon lui, des ouvrages sont rachetés en masse, tranchés, numérisés puis jetés au profit des modèles d’IA. Il replace cette démarche dans la compétition pour des IA toujours plus performantes, où des sociétés technologiques verraient dans le papier une matière devenue très précieuse.

Le but n’est ni la lecture, ni la conservation, ni la diffusion. D’après l’article, seul compte le texte, extrait avant que l’exemplaire disparaisse. Pour les concepteurs de grands modèles de langage, avance le JDN, un ouvrage vaut surtout comme un important réservoir de données de bonne qualité.

Le mot « millions » est celui du JDN. Dans l’extrait consulté, il n’est accompagné ni d’un chiffre précis, ni d’une source, ni d’une liste d’acheteurs.

Payer pour des exemplaires plutôt que piller des bibliothèques

Le JDN rappelle que le recours à des bibliothèques numériques pirates a déjà suscité de sérieux litiges en justice. Il ne nomme ni les affaires ni les parties. D’où, toujours selon lui, une autre voie suivie par une partie du secteur : payer pour des exemplaires papier, les scanner, puis les éliminer.

Le seul exemple nommé : Anthropic

La seule entreprise citée par le JDN est Anthropic. D’après l’article, elle a employé des massicots hydrauliques pour sectionner les dos des volumes et dissocier vite les feuilles. Celles-ci passent ensuite dans des scanners industriels, décrits comme capables d’absorber de grandes quantités de texte.

L’article cite cette entreprise à titre d’illustration de la méthode d’achat suivie de la découpe, et ne la rattache pas aux litiges évoqués plus haut. Il ne dit pas si d’autres acteurs procèdent de la même façon, ni à quelle échelle.

La destruction, un gain financier selon le JDN

Le JDN soutient que la disparition du livre est voulue. C’est là, selon lui, que réside le gain financier de la méthode. Scanner un ouvrage dont la reliure reste intacte réclamerait plus de temps, plus de gestes manuels et plus d’équipement, alors que le découpage rend possible un scan automatique et rapide.

Pages d'un livre ouvert dont une page se soulève, vue rapprochée
Les pages d’un livre ouvert, que certains procédés découpent puis scannent pour entraîner des IA, selon le JDN. Photo : Ri_Ya / Pixabay

Dans ce raisonnement, garder l’exemplaire n’est qu’une dépense sans utilité, et le détruire est qualifié d’« optimisation ». L’extrait ne cite aucun coût, aucune durée de numérisation ni comparaison entre les deux approches : il s’agit d’une explication avancée par le JDN, pas d’une mesure.

Des textes dont l’auteur humain ne fait aucun doute

Le JDN ajoute une seconde explication : Internet se remplirait de textes fabriqués par des machines. Depuis l’essor de l’IA générative, écrit-il, ces textes occupent une place croissante sur le Web. Pour les laboratoires, il en résulterait un besoin de corpus dont l’origine humaine est assurée.

Les ouvrages parus avant cet essor constitueraient, à ses yeux, un matériau de grande valeur. Le JDN ne date pas ce basculement et ne mesure pas la place des textes générés : l’extrait n’offre aucune donnée à ce sujet.

Les libraires néerlandais et les éditions épuisées

Pour le JDN, la situation se tend surtout quand les livres rachetés ne sont plus publiés. L’article rapporte que des libraires néerlandais, spécialisés dans les titres anciens ou rares, ont vu surgir des clients en mesure de leur acheter en une fois des lots complets d’éditions épuisées.

Dans ce cas, avance l’article, la destruction touche des ouvrages difficiles à remplacer. Elle peut diminuer le nombre d’exemplaires restants d’un document historique, d’une édition universitaire ou d’une traduction déjà dure à dénicher. Un exemplaire détruit ne sera plus ni revendu, ni prêté, ni étudié, ni scanné par un concurrent.

L’article ne nomme ni ces libraires ni ces acheteurs, et n’indique pas l’ampleur des stocks concernés.

Ce que l’article ne précise pas

Pour lire ce texte à sa juste portée, voici ce que son extrait ne contient pas :

  • aucun chiffre ni aucune source pour les « millions » de livres évoqués ;
  • une seule entreprise nommée, à titre d’exemple, pour la découpe par massicots hydrauliques ;
  • aucun lien établi entre un acteur précis et l’usage de bibliothèques pirates ;
  • aucun nom, ni nombre de libraires ou d’acheteurs, pour les stocks vidés aux Pays-Bas ;
  • aucune mesure de la place des textes générés par des machines sur le Web.

La chute du JDN : « Fahrenheit 451 » à l’envers

Le JDN boucle son texte sur la référence du début. Dans l’œuvre citée, souligne-t-il, on détruisait les livres parce que leurs idées gênaient le pouvoir. Aujourd’hui, avance-t-il, le risque de destruction viendrait de la raison contraire : leur contenu aurait pris trop de valeur.

Cette conclusion relève de l’opinion du JDN, non d’un fait mesuré. Faute de chiffres et d’acteurs identifiés au-delà de l’exemple d’Anthropic, ce récit se lit pour ce qu’il est : une enquête descriptive, publiée le 10 octobre 2026, dont les affirmations restent attribuées à leur auteur.

Photo : ninocare / Pixabay